samedi 22 avril 2017

Rules don't apply (2016, de Warren Beatty)






Rules don't apply (2016, de Warren Beatty)



En 1958, la jeune Marla Mabrey débarque à Hollywood pour devenir actrice. Elle fait la connaissance de Frank Forbes, un jeune chauffeur ambitieux arrivé quelques semaines auparavant à Los Angeles. Tous deux vont alors se faire employer par le célèbre milliardaire Howard Hughes. Ils finissent par tomber amoureux, malgré les règles imposées par leur imprévisible patron.


En découvrant cette ultime réalisation de Warren Beatty, on pense inévitablement à Aviator, les deux films traitant du même personnage mythique d'Howard Hughes à la différence prêt que le scénario se concentre ici sur la dernière partie de la vie du milliardaire. Beatty est d'ailleurs au moins 30 ans plus âgé que son personnage mais cela passe très bien, d'autant plus que Hughes lui-même était prématurément vieilli d'une quinzaine d'années suite à un grave accident d'avion lors d'un essai. Il portait d'ailleurs un chapeau pour masquer une partie de son visage balafré. Rules don't apply pourrait donc être la suite d'Aviator, il y a d'ailleurs dans les deux films le même épisode célèbre du décollage de l'hydravion king size, le "Hercules", si le ton n'était pas si différent, résolument plus léger et mélancolique chez Beatty (à son image!), dramatique et romantique que chez Scorsese.

Au delà d'un nouveau portrait du milliardaire, rapidement, c'est à Warren Beatty, la légende d'Hollywood auquel on pense quand on est fidèle de l'acteur-réalisateur-producteur, dernier géant (avec Redford et Eastwood) d'une génération bénie d'acteurs ayant débutés à la fin de l'âge d'or d'Hollywood. Beatty boucle en quelque-sorte la boucle avec ce film sur le Hollywood de ses débuts (le récit se passe en 1958, Beatty commence officiellement sa carrière en 1959). Qu'il s'agisse de Bugsy, Bulworth ou de ce biobic sur Howard Hugues (et même dans une moindre mesure de Reds), on retrouve dans chacune de ses réalisations, en sous-texte, la personnalité de Beatty qui innerve le personnage, souvent incontrôlable et en marge, semblant avoir toujours un temps d'avance sur ses interlocuteurs quitte à passer à moitié pour un fou ou au mieux pour un excentrique iconoclaste. Une personnalité également traversée de gravité et d'une profonde mélancolie sublimement exprimée ici par la 5ème symphonie Adagietto de Mahler.

Ainsi, une fois encore, l'acteur constitue le centre de gravité du récit qui n'est cependant pas un biopic. Un peu à la manière de Life, le film d'Anton Corbijn évoquant James Dean à travers un photographe, on observe ici Hawks/Beatty à travers les yeux du jeune assistant à tout faire Frank Forbes dont l'ambition secrète est de proposer au milliardaire de l'associer dans son rêve immobilier aux alentours de Mulholland drive.




Warren Beatty met l'accent sur la peur de vieillir d'Howard Hawks, sa paranoïa (justifiée, il fut suivi et mis sur écoute pendant des années par les fédéraux) et son obsession du contrôle d'image (il employait des sosies, plus jeunes, chargés de se faire passer pour lui là où il n'était pas), écartant d'autres traits de sa personnalité hors normes davantage mis en avant par Scorsese comme son obsession hygiéniste. Pas de kleenex ici donc mais tout de même de savoureuses anecdotes sur la peur des maladies vénériennes ou ses consignes pour la protection des parties intimes des jeunes filles. En filigrane de ces obsessions, il y a le rapport au père ("toujours là" par la transmission de l'ADN) et à la mort : toute sa vie, Hawks aura été un fils et refusa la paternité. Beatty fut père pour la première fois en 1992, à 55 ans, après une longue vie de "célibat".

Pour les deux jeunes protagonistes, Marla, la starlette innocente venue de Virginie accompagnée de sa mère (Annette Bening) pour passer des essais à Hollywood et Franck, jeune ambitieux en quête de financements pour ses projets immobiliers, les rêves passent par l'ogre milliardaire, véritable prédateur sexuel vampirisant la jeunesse.
Marla est un personnage fictif mais elle pourrait très bien être le substitut de la jeune Terry Moore venue avec sa mère et avec qui Hughes se maria en croisière, cérémonie qui ne fut pas reconnue par la justice lors du décès du milliardaire en 1976. Hughes promis le mariage à plusieurs actrices, sans parler de toutes celles avec qui il eut des relations de Lana Turner à Cyd Charisse, la liste serait trop longue (en gros toutes les plus belles filles d'après-guerre).
Pour jouer Marla, Beatty a fait des merveilles dans la direction d'acteur en misant sur la peu remarquée Lily Colins (précédemment Blanche neige dans la version avec Julia Roberts..) qui trouve ici de belles nuances, alternant constamment entre innocence ingénue et audace.
Le jeune Frank Forbes est lui incarné par le très bon Alden Ehrenreich aperçu dans Blue Jasmine (il jouait le fils de Jasmine/Cate Blanchett) et Ave Cesar! des frères Coen, et qui tente actuellement l'impossible : reprendre le rôle de Han Solo). C’est un acteur qui en fait peu mais réussit parfaitement à faire passer l’essentiel.




A noter que le reste du casting est de grande qualité : Annette Bening, Ed Harris, Haley Bennett (la starlette qui monte), Oliver Platt (fidèle à lui-même). On y trouve également les savoureux Alec Baldwin (qui jouait Juan Trippe dans Aviator), Matthew Broderick (très bon dans un second rôle d'homme à tout faire) et Martin Sheen (reprenant le rôle de Noah Dietrich joué par John C. Reilly dans Aviator).

Au-delà du double portrait Hughes/Beatty, le film raconte une belle histoire d'amour contrariée entre deux jeunes ambitieux. J'ai cherché pendant un moment à quoi ce mélodrame tragi-comique me faisait penser et finalement trouvé. Il y a dans Rules don't apply un petit quelque-chose de la tragédie Marius-Fanny-Panisse. Mais je n'en dirai pas plus..

"Rules don't apply", ce titre (à la fois du film et de la chanson écrite par Marla dans le film) s'applique aussi parfaitement à Beatty lui-même. Il aura mené sa carrière (et sa vie privée) comme il l'entendait jusqu'au bout, producteur de presque tous ses films, souvent scénariste et réalisateur (comme Clint Eastwood, sauf qu'il n'a jamais renoncé à se mettre en scène).

L'épilogue est pour la légende. Beatty tire lui-même littéralement le rideau sur son personnage. Sur l'écran et sur sa carrière.

Bye bye le héros que j'aimais.

jeudi 2 février 2017

La La Land (Damien Chazelle - 2017)





"Bienvenue à Hollywood
C'est quoi votre rêve ?
Tout le monde vient ici
Ici c'est Hollywood
Le pays des rêves
Certains rêves se réalisent
Et d'autres pas
Que ça ne vous empêche pas de rêver
Vous êtes à Hollywood
Vous avez le temps
Alors continuez à rêver.."



Voici un film un peu différent de la comédie musicale / feel good movie à laquelle je m'attendais. Car si l'on omet l'épilogue, j'ai trouvé le film très mélancolique, plutôt noir et délicieusement réactionnaire.
Je pense par exemple aux ratées successifs de la relation amoureuse. Passage obligé dans toute comédie romantique, ils semblent ici avoir un sens plus profond sur la difficulté des êtres, spécialement à notre époque, à nouer des liens. Ainsi, soit Emma Stone et Ryan Gosling se rencontrent à chaque fois au pire moment, soit leur flirt classique (façon Ginger & Fred) est interrompue par l'irruption agressive du réel. La magie s'effondre face à la technologie (le téléphone portable en ligne de mire).
Les plus pessimistes pourront considérer que l'histoire réaliste des deux protagonistes se termine avec le renoncement de l'apprentie actrice, découragée et fatiguée par l'humiliation des castings. La suite "c'est du cinéma".. Mais, le film "émeut in-extremis" grâce à cet épilogue euphorique et génial qui emporte tout. Jusqu'au sourire en coin de Gosling, tel-que l'aurait fait Warren Beatty à Nalalie Wood si leur film avait été une comédie musicale et non un drame. Car ce sourire est un sourire complice à la fois au spectateur et entre ex-amants (qui dit à la fois "Je t'ai vu" et "C'est la vie.."). 

Accuser Chazelle de passéisme, c'est exactement ce qu'il fait lui-même avec lucidité.
Il y a une replique du film qui m'a particulièrement frappée, c'est celle avec laquelle Emma Stone reproche a Ryan Gosling de trop s'intéresser à ce qui s'est fait avant 
alors que le jazz est une musique qui va de l'avant ("jazz is about the future.." je crois). 
J'ai vu cette scène comme une auto-critique réaliste et triste de Damien Chazelle. Au delà du jazz, j'ai eu le sentiment qu'il évoquait aussi et surtout son amour du 
cinema classique et la conscience qu'il a de ses propres limites de cinéaste-cinéphile, le sentiment de ne pas être en phase avec un Hollywood qui ne peut pas revenir en arrière et doit aller de l'avant pour survivre.

Sur la forme, j'ai un léger bémol sur l'interprétation que je trouve un peu trop appliqué. Si Emma Stone et Ryan Gosling se défendent correctement dans les parties dansées, ils accusent tout de même la comparaison avec leurs illustres prédécesseurs (Fred Astaire/Gene Kelly, Rita Hayworth/Ginger Rogers..). 
Mais il n'y a pas tant de parties chantées (par les deux protagonistes) que cela : il s'agit d'une demi comédie musicale en fait, loin des tentatives U.S. "récentes" (de Grease à Mamma Mia) ou françaises (Le garçon extraordinaire, Les chansons d'amour..). Les morceaux entraînants du film sont d'ailleurs plus musicales que chantées et la musique qui nous reste en tête après la séance est celle de l'ouverture avec ses chœurs. 
Voilà peut-être ce qui manque au film pour emporter tout : une belle chanson entre les deux acteurs, un futur classique inscrivant le film au panthéon du genre. 
Si le choix du casting d'Emma Stone ne me semble pas indispensable à la réussite du film (d'autres auraient peut-être fait aussi bien ou auraient eu plus de capacités en chant et danse), celui de Ryan Gosling me semble sans équivoque : il a un charme fou (heureusement que Miles Teller - trop moderne- a été écarté à son profit). Il est bien l'héritier des grands charmeurs classiques américains, Newman et Redford en tête. 

mardi 3 janvier 2017

Top 2016 | Supfiction

Top 2016 Cinéma | Supfiction



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1 • Room  
2 • Frantz 
3 • Carol 
4 • Mademoiselle 
5 • Juste la fin du monde 
6 • Une vie entre deux océans 
7 • L’Économie du couple 
8 • Captain Fantastic  
9 • The Neon Demon 
10 • Comancheria

mardi 6 décembre 2016

Quintet (1979)

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Quintet (1979)

Le chasseur Essex arrive accompagnée de sa jeune compagne enceinte dans une ville-labyrinthe où vit sa famille qu'il n'a pas revu depuis des années. Les habitants passent leur temps à jouer au jeu incompréhensible du quintet pendant qu'autour d'eux manigance un démiurge qui en modifie les règles selon les circonstances... Partout la mort rode et le but du jeu semble être de rester en vie..
Un mot rapide sur ce film très peu connu alors qu'il a tout pour plaire sur le papier. Imaginez un peu, un scénario post-apocalyptique à l'atmosphère glaciale, une réalisation signée Robert Altman, un casting 4 étoiles avec autour de Paul Newman les stars européennes Brigitte Fossey (!), Vittorio Gassman, Bibi Andersson, Fernando Rey.
Et pourtant le résultat est un film à l’encéphalogramme plat, à l'exact opposé de son contemporain L'empire contre-attaque, dans lequel Newman semble totalement perdu, Fossey n'a pas le temps d'exister et Vittorio Gassman est un personnage illuminé et grotesque, la faute à un scénario abscons et limité et à des dialogues ridicules. Le tout filmé comme un rêve désespéré (dans cette cité, le mot "ami" a été remplacé par le mot "alliance"!) et brumeux (le bord de l'image est constamment flou, on croirait voir un énorme flashback de 2h). Pourtant l'arrivée depuis l'immensité enneigée, laissait espérer à tort une sorte de Mad Max polaire. Mais c'est une fable morbide, prétentieuse et cynique n'inspirant qu'ennui et déception à laquelle on aura droit.



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Il est de retour / Er is wieder da (David Wnendt, 2015)

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Sous des allures de comédie (à ce titre il y a des passages très drôles), cette satire qui fait froid dans le dos impressionne par sa très grande liberté de ton. A ce titre, les allemands donnent une leçon de comédie grinçante.
Le film qui commence un peu comme Les visiteurs, se poursuit comme un dialogue entre le vrai Hitler et le peuple allemand.


"Je serai toujours en toi" dit Hitler et il a probablement raison. Dans sa dernière partie, la mise en abyme est glaçante, on voit le film dans le film être réalisé, Hitler faire le tour des plateaux de télé et hypnotiser le public, les réseaux sociaux s'activer ("le pire c'est qu'il a raison"). De fait, le propos réussit à aller au-delà du cas particulier allemand, ce que ne manque pas d'illustrer le générique de fin avec des images de différents leaders d'extrême droite actuels dont Marine Le Pen. D'ailleurs, en dépit de sa situation économique enviable, les problèmes allemands semblent très proches de ce qui se passe en France. Et encore, le film a été réalisé en 2014, avant la crise migratoire, avant la Saint-Sylvestre 2015.

"Dérangeant" c'est le mot parce qu'on a pas forcement envie de se marrer en voyant l'affiche (heureusement qu'il y a le petit chien pour dire que c'est une comédie qui commence comme une version allemande des Visiteurs et qui se poursuit un peu à la façon de Borat, dressant au passage un portrait peu flatteur de l'Allemagne et souvent glaçant).

A noter un joli clin d’œil à notre fufu national :

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The Dark Valley (Andreas Prochaska, 2014)

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The Dark Valley (Andreas Prochaska, 2014)

Avec : Sam Riley, Paula Beer, Tobias Moretti

Fin du XIXe siècle. Un cavalier solitaire arrive dans un petit village de montagne perdu au fond d'une vallée des Alpes autrichiennes. Le genre d'endroit où l'étranger n'est pas le bienvenu, surtout quand il s'agit d'un jeune Américain nommé Greider qui souhaite y passer l'hiver pour, prétend-il, immortaliser les habitants avec son drôle d'appareil, ce « miroir doté d'une mémoire ». Petit à petit, on découvre que le photographe a d'autres intentions, moins humanistes, et qu'il est lui aussi doté d'une mémoire...

Présenté à l’avant-première du Festival international du film de Berlin 2014, The Dark Valley (titre original, Das Finstere Tal) est un western austro-allemand qui je crois n'est jamais sorti dans les salles françaises comme cela devient la norme desormais (surtout lorsque comme ici il n'y a même pas de star pour vendre le film). Ce n'est pas un western au sens strict du mot puisque l'action se déroule entièrement dans les Alpes, bien loin de l'Ouest américain. Et pourtant, sur le fond, le scénario est du archi-vu et revu, notamment chez Clint Eastwood (Pale rider, etc) ou Leone (Il était une fois dans l'Ouest) : une vengeance, une communauté isolée sous le joug d'une famille tout puissante. En revanche, la mise en scène est formidable, originale et les partis pris audacieux (musique rock, cadrages inspirés, réalisme des scènes d'action). Les décors sont extrêmement bien utilisés et participent d'une ambiance noire et opressante.
A noter une scène de bûcheronnage précédant les premiers actes de violence sèche qui m'a rappelé Le clan des irréductibles de Paul Newman.
Sorti il y a deux ans seulement, Paula Beer semble vraiment toute jeune dans ce film et bien loin de Frantz. Sam Riley sobre mais crédible une carabine à la main dans la séquence finale réaliste et crispante.

In a Valley of Violence (2016)



In a Valley of Violence (2016)


Voici peut-être venu une nouvelle ère du western. Ça pourrait s'appeler le western post-Tarantino, faisant la synthèse du western classique, du cool référencé et d'une mise en scène audacieuse.
On trouve tout cela dès le superbe générique d'introduction, très graphique, rythmé par une excellente B.O. façon western spaghetti et Morricone. Il y a aussi cette violence distillée avec un ton décalé, à la manière des meilleurs Tarantino ou de Sam Raimi (The quick and the dead).

Lorsque Paul (Ethan Hawks) prend le risque de venir avec sa chienne Abbie s'approvisionner dans la ville fantôme de Danton sous la coupe du marshall John Travolta et de son fils fauteur de trouble Gilly, on sait que ça va mal tourner.. Et pourtant rien ne se passera tout à fait comme prévu à l'heure de la vengeance.

Cela faisait longtemps qu'un western ne m'avait pas autant surpris dans son traitement. Il y a même des choses que je n'avais encore jamais vu dans le genre. A commencer par le personnage joué par Ethan Hawk qui derrière son physique fragile apparait comme un vrai dur sans pitié pouvant rivaliser avec le Eastwood d'Impitoyable. C'est vraiment la très bonne nouvelle de l'année que cette nouvelle incursion de l'acteur dans le western, lui qui était la seule réussite de l'insupportable 7 mercenaires 2016. On pourrait même s'avancer et dire qu'il y a un peu de James Stewart dans cet Ethan là. Sa confrontation avec John Travolta (un peu Vincent Vega vieillissant, mais pas mal du tout, s'étant fait un look et un accent de l'ouest pour l'occasion) ne se passera pas non plus comme on pouvait l'attendre. Au casting féminin, Karen Gillan et Taissa Farmiga dont la jeunesse brouille également les cartes. Ah, j'oubliais, le chien est excellent aussi!

Si la photographie est plutôt quelconque, la mise en scène elle est constamment inventive et surprenante, distillant ainsi une tension permanente jusqu'au bout.

Bref, je recommande chaudement.
Le western est bel et bien de retour !

jeudi 24 novembre 2016

Sauf le respect que je vous dois (2005)





La quarantaine, François Durrieux vit à Nantes avec son épouse, Clémence, et leur fils unique, Benjamin. Cadre supérieur dans une imprimerie locale, il se soumet sans broncher au rythme de travail soutenu imposé par le directeur, Dominique Brunner. Son ami Simon Lacaze, qui refuse de sacrifier sa vie privée, est d'ailleurs le seul employé à oser s'opposer à certaines des directives patronales...

Sauf le respect que je vous dois (titre d'une chanson de Georges Brassens), réalisé par Fabienne Godet est une œuvre un peu oubliée ou même passée un peu inaperçue à l'époque de sa sortie (2005, aucun souvenir pour ma part) alors qu'il bénéficie d'un très beau casting (Gourmet, Cotillard qui n'avaient certes pas la cote d'amour qu'ils ont aujourd'hui + Depardieu Julie et Dominique Blanc).
Il s'agit pourtant d'une représentation soignée et juste du monde violent (et parfois pervers) des petites entreprises, dans la veine du cinéma social des Dardenne et Stephane Brizé et monté comme un thriller de Pierre Jolivet (Jamais de la vie, encore avec Olivier Gourmet). Sans chichi de mise en scène, Sauf le respect que je vous dois est à l'opposé du totalement raté Carole Mathieu d'Isabelle Adjani sorti la semaine dernière et avec lequel il partage un sujet équivalent (le burn-out et la pression en entreprise). Les deux films virent à la tragédie mais le film de Fabienne Godet n'en rajoute jamais, il est plus subtile, et s'appuie sur de vrais personnages nuancés et non des caricatures.
Si le personnage de Marion Cotillard est un peu superflu (et on voit pour l'occasion l'énorme évolution de son niveau de jeu depuis 10 ans), tous les autres jusqu'aux petits rôles (notamment l'excellent Jean-Marie Winling et sa voix atypique) sont à l'unisson pour rendre réalistes cette entreprise.

Pas un grand film certes, plutôt un très bon téléfilm.

samedi 2 juillet 2016

The Tip-Off (1931, avec Ginger Rogers)

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The Tip-Off (1931)

Voici une charmante petite comédie criminelle RKO Pictures que ce Tip-off dirigé par Albert S. Rogell (The black cat). Ginger Rogers (Baby Face, la fiancée d'un truand) y tient l'un de ses premiers rôles mais c'est déjà (probablement pour la première fois dans un rôle substantielle) la Ginger que l'on connait, au caractère bien trempé, gentille (parfois), sexy aussi (le premier plan sur elle est un travelling vertical remontant le long de ses jambes alors qu'elle est en sous-vêtements, oui c'est un Pre-Code et pourtant plus tard on découvrira à la faveur d'un réveil que les hommes ont dormi dans le même lit et les femmes entre elles), mais qu'il ne faut pas emmerder. Son jeu et ses attitudes sont déjà là, seule sa voix m'a semblé bien plus aiguë que dans ses films ultérieurs.

Mais ce sont les deux stars masculines qui apparaissent au-dessus du titre: Eddie Quillan et Robert Armstrong. Eddie Quillan m'a fait l'effet d'un Mickey Rooney avant l'heure, avec un petit quelque-chose de Danny Kaye.
La fragile Joan Peers est le second atout charme du film, une actrice qui étrangement ne fit pas carrière au-delà de 1931. Elle est pourtant très juste, faisant oublier Ginger dans la seconde partie du film.

Eddie Quillan est un réparateur radio qui se retrouve à la faveur d'une réparation par hasard dans la chambre de la petite amie (Ginger Rogers) d'un caïd (Robert Armstrong), boxeur et un peu gangster sur les bords.
Évitant de peu la catastrophe en se cachant sous le lit de la demoiselle, puis cherchant à fuir celle-ci pour ne pas avoir d'ennuis, il tombe amoureux de la fiancée d'un second gangster, rival du premier. Par son astuce, il devient finalement ami avec le premier qui l'aidera par la suite à extirper la fiancée (Joan Peers) in extremis d'un mauvais mariage..

Eddie Quillan eut une belle et longue carrière surtout en tant que second rôle au cinéma puis en guest star à la télévision.




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Roadies (2016, série TV de Cameron Crowe)

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Roadies (2016, série TV de Cameron Crowe)

C'est parti pour la série de Cameron Crowe, narrant la vie des roadies qui permettent aux groupes (de rock en l’occurrence, forcement) de jouer chaque soir sur scène. C'est la vie du groupe derrière le groupe.
Doté d'un casting solide avec Luke Wilson (frère de) et Carla Gugino et surtout la piquante Imogen Poots (qu'on a beaucoup apprécié dans le dernier film de Bogdanovich), le pilote s'avère pourtant peu accrocheur et laborieux, faute de véritable intrigue, jusqu'à son dernier quart d'heure.
Après Nashville et Vinyl (qui n'ira pas au-delà de la saison 1 d'ailleurs), c'est donc une nouvelle série sur le monde de la musique, contemporaine cette fois (pour ne pas faire trop redite avec Almost Famous ? on y retrouve néanmoins une partie de l'univers - le backstage, les hotels, le bus - et beaucoup de références commune, de Lynyrd Skynyrd à Bob Dylan, et quelques clins d’œil).
Le duo Carla Gugino/Luke Wilson est pourtant prometteur pour sa rivalité professionnelle et la tension sexuelle sous-jacente (leur duo rappelant en cela quelque-peu le couple mythique d'Abyss Ed Harris · Mary Elizabeth Mastrantonio, passif et divorce en moins).

Et puis arrive le dernier quart d'heure durant lequel on retrouve enfin le Cameron Crowe inspiré qu'on connait et son amour pour les personnages en rupture et l'euphorie procuré par la pop culture. Tout vient du personnage de Nathalie (Jacqueline Byers), groupie nympho-maniaque qui met un peu de feu dans cet épisode qui ronronnait jusque là. Les dernières minutes s'avèrent typiquement "Cameronienes" et les cinéphiles apprécieront le petit montage final d'anthologie qui personnellement m'a fichu un sacré frisson.

Sacré Cameron! Même au bord du ratage, il arrive toujours in extremis à sortir un coup magique de sa manche.

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